Pierre Cochereau

1924-1984


BIOGRAPHIE

Né en 1924, Pierre Cochereau opte résolument pour la musique après un cycle normal de ses études secondaires. Il entre alors au conservatoire de Paris où il reçoit l'enseignement de Marcel Dupré, Maurice Duruflé, Norbert Dufourcq, Tony Aubin, N. et J. Gallon. Il obtient les premiers prix d'orgue, d'harmonie, de composition et d'histoire de la musique.

 

Organiste à l'église St. Roch dès 1942, c'est en 1954 qu'il devient titulaire des grandes orgues de Notre Dame de Paris succédant à Léonce de Saint Martin.

Directeur du conservatoire de Mans de 1950 à 1956, Pierre Cochereau dirige dès 1962 le conservatoire de musique de Nice, tout en poursuivant sa carrière de concertiste, tant en France qu'à l'étranger. Il abandonne ce poste en 1980 pour prendre la direction du conservatoire de Lyon.

Pierre Cochereau servit les maîtres de l'orgue classique, romantiques et contemporains, par ses interprétations à la fois brillantes et respectueuses de la tradition. Continuateur des grands organistes du XIXème siècle, il était unanimement salué comme un maître de l'improvisation où son inspiration tirait parti de toute la richesse des registrations de l'instrument de Notre Dame. Lors de sa disparition prématurée en 1984, le monde de l'orgue perdait non seulement un grand soliste mais aussi un artiste sans cesse soucieux de vouloir initier à l'orgue un public toujours plus large, en faisant construire notamment un orgue portatif de 14 jeux (aujourd'hui installé dans la chapelle St. Paul à Cannes) avec lequel il se déplaçait et donnait des récitals comme soliste ou accompagnateur. Chez lui, à Paris, il possédait un orgue de 70 jeux sur cinq claviers : incomplètement remonté dans sa demeure niçoise, cet instrument renaît en 1997 au sein de la conception de l'orgue de Roquevaire à travers lequel il rayonne à nouveau. Également compositeur, Pierre Cochereau nous laisse des pages pour piano, des mélodies et bien sûr des oeuvres pour orgue dont une symphonie. Par ailleurs, bon nombre de ses improvisations enregistrées ont fait et font toujours l'objet de transcriptions qui sont éditées.

L'IMPROVISATEUR

Reconnu dans le monde entier comme l'un des improvisateurs les plus inspiré, Pierre Cochereau fut le prestigieux titulaire des grandes orgues de Notre Dame de Paris de 1955 jusqu'à sa mort prématurée en 1984 : il n'avait pas 60 ans.

Au cours de "sa carrière d'église", sa participation musicale a été, de façon exemplaire, intimement liée au déroulement de l'office. "Au service de Notre Dame", comme il se plaisait à le dire, l'organiste liturgique possédait également un désir inné de faire partager sa passion en rendant l'orgue disponible à tous. Plus de 2000 concerts (dont 25 tournées aux USA) de nombreuses émissions télévisées, les auditions offertes le Dimanche à Notre Dame, y ont contribué par la fascination qu'il engendrait,drait. Aucune concession cependant chez cet être enthousiaste qui, pour séduire, n'a jamais choisi la facilité. Certes, Pierre Cochereau avait des dons exceptionnels. A André Fleury, l'un de ses premiers maîtres, qui lui demandait un jour s'il travaillait l'improvisation, Pierre Cochereau répondit : "jamais...Ce que je fais à Notre Dame et au concert me sert d'entraînement". Mais ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre improviser restent stupéfaits devant tant de facilité. Il s'assimilait lui-même à un prestidigitateur comme s'il avait appris des "trucs" pour faire illusion... Quelle modestie! Avec le recul, sa personnalité se dévoile encore plus clairement : c'était avant tout une immense culture musicale et générale, un goût pour l'archéologie organistique moindre que sa curiosité permanente pour les technologie modernes, un charisme légendaire fascinant tous ceux qui l'approchaient. Homme en perpétuel mouvement, à l'imagination débordante et intarissable, ses improvisations traduisent parfaitement l'esprit vif et la force de concentration qui le caractérisaient.

Le choix des thèmes populaires que Pierre Cochereau a souvent utilisés témoigne également de son soucis de rester "près du public", tout comme la manière de traiter ces thèmes. Capter l'attention d'auditeurs pas forcément initiés, maintenir celle-ci par des rythmes et des modulations évitant toute monotonie, faire en sorte que celui qui écoute puisse se retrouver, voire se reconnaître dans l'oeuvre, donner le sentiment qu'il y a encore de la réserve (et il y en avait!), mais aussi mettre en valeur les multiples combinaisons sonores d'un instrument en variant, de façon incessante, les registrations : "ne pas faire trop long" comme il disait. Tels étaient ses principaux objectifs.

Extrait du livret rédigé par Jean Robert CAIN, pour le CD Philips "Cochereau Improvisation I" (Collection Grandes Orgues Volume 16).